18.08.2008

Retour sur l'actualité de l'été à Vanves : la mort d'Abel Farnoux

LE DERNIER COMBAT D’ABEL FARNOUX :

PASSER LE FLAMBEAU A DES RELAIS DE LA MEMOIRE

 

Abel Farnoux qui est décédé le 30 Juillet dernier repose depuis le Mardi 12 Août dans le caveau familial au cimetière de Vanves. Une ville où il s’est installé au printemps 1957 lorsqu’il a quitté l’Algérie, dans un appartement de l’avenue du Parc qui a toujours été un havre de paix alors qu’il était souvent en voyage à l’étranger. « Vanves est une ville à l’échelle humaine, citoyenne, sans extrémismes, où l’alternance est exemplaire de la démocratie » nous déclarait il dans une interview parue dans le Journal de Vanves de Juin 2003.  Evidemment, la plupart des articles dans les journaux qui ont annoncé son décès, ont rappelé la vie d’un « homme de liberté » comme est titrée sa biographie écrite par Jean-Michel Riou (Edt Flammarion 1992) et surtout son rôle d’éminence grise auprès d’Edith Cresson lorsqu’elle était premier ministre, ses passions et ses combats pour que la France ne perde pas pied dans l’informatique, les télécommunications… Mais le dernier qu’il avait entrepris était de passer le flambeau à des « relais de la mémoire » pour que jamais ne recommence ce qu’il avait connu, la déportation au camp de Buchenwald d’où il s’était échappé, avec son épouse, Yvette Bertrand, grande résistance qu’il a tirée du camp de Ravensbruck. Un engagement qu’il avait pris vis-à-vis de ses camarades disparus, et qui s’est véritablement concrétisé avec l’association « Mémoires des Déportés et Résistants d’Europe » soutenue et parrainée par de nombreux ex-résistants et anciens déportés : « Je n’avais pas beaucoup témoigné ! (jusqu’à présent) » racontait il dans le Journal de Vanves de Juin 2003, en expliquant qu’il avait, au travers de réunions qu’il avait commencé à animer dans les écoles, réalisé à quel point « la mémoire orale que nous transmettons plus de 60 ans plus tard, dans un monde très différent, à des jeunes qui avait l’âge que nous avions lorsque nous nous sommes engagés, avait un caractère national. A partir du moment où ces jeunes voulaient en savoir plus, c’était peut être là que se trouvait le meilleur relais de la mémoire ».

Et c’est ainsi qu’il a commencé à témoigner devant des jeunes avec d’autres compagnons comme ce fut le cas au théâtre le Vanves devant des lycéens et des collégiens, qu’il a suscité des rencontres entre jeunes français et allemands qui ont réfléchi à « comment vivre ensemble dans une Europe réconciliée et grâce aux leçons de l’histoire », mais aussi polonais, et surtout qu’il a incité à « aller à la rencontre de témoins qui ont été résistants, souvent déportés, connus et moins connus » et « chercher dans le récit de ces témoins, ce qui pourra les aider, eux qui ont 20 à peine, à construire leur avenir, échanger leur opinions sur la situation en France, en Europe et dans le monde ». Certains de ces jeunes étrangers ont participé aux cérémonies patriotiques et du souvenir à Vanves qu’il ne manquait jamais, en restant très discret, et notamment le dernier dimanche d’Avril, journée d’hommage aux déportés, devant le monument de la place de l’Insurrection, où il reprenait les paroles de ce « chant des marais » qui clôture cette cérémonie. Le Journal de Vanves lui avait demandé « pourquoi dites-vous que l’Europe qui s’édifie aujourd’hui a eu sa genèse dans les camps ? » : « Parce que les premiers résistants arrivés à Sachsenbaun, à Dachau, à Ravensbruck, à Buchenwald, étaient allemands, les suivant tchéques, puis polonais, hollandais, belges, français. Tous se considéraient de même nature. Ils avaient entre eux deux points communs : Avoir lutter contre le nazisme et être européen. Ce n’est pas un hasard, s’ils ont, comme moi, été pour l’Europe tout de suite ». 

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