16.05.2007
"Un habitant de Vanves raconte la campagne de Nicolas Sarkozy"
Un vanvéen vient de publier un livre sur « Nicolas Sarkozy, de Neuilly à l’Elysée » (Edt l’Archipel) qui est sorti moins d’une semaine après le résultat du 2ème tour. Il s’agit de Bruno Jeudy, journaliste au Figaro qui a signé cet ouvrage avec Ludovic Vigogne, journaliste au Parisien, que l’on rencontre souvent à Vanves qu’il apprécie beaucoup. Il a eu l’occasion de rencontrer Nicolas Sarkozy pour la première fois en 1995 : « J’étais le seul journaliste à la porte de son bureau le soir du 1er tour des élections législatives partielles en Septembre 1995 alors qu’il était mis en ballottage par Marie Caroline Le Pen. Un candidat chiraquien, Gérard Avril, lui avait été envoyé dans ses pattes. J’essayais d’avoir quelques commentaires pour le Parisien. Il ne voulait pas répondre, puis a accepté que je rentre dans son bureau où étaient quelques uns de ses proches comme Brice Hortefeux. Ce sont les circonstances de ma première interview avec lui. Je l’avais croisé comme un journaliste politique parmi d’autres durant la campagne présidentielle de 1995 ». Son collègue l’a suivi depuis 2002, c’est-à-dire qu’il a fait tout le quinquennat lorsqu’il était ministre de l’intérieur et président de l’UMP. Le Blog de Vanves l’a rencontré à l’occasion de cette journée du Mercredi 17 Mai 2007 qui est marqué par la passation de pouvoir entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy à l’Elysée vers 11H.
Le Blog Vanvéen - Qu’est-ce que vous avez voulez montrer et raconter à travers ce livre ?
Bruno Jeudy : « C’est la conquête du pouvoir par Nicolas Sarkozy en quasiment 30 ans de carrière politique. La première partie s’attache à raconter Nicolas Sarkozy et comment il s’est imposé dans son camp jusqu’au 14 Janvier 2007 où il a été désigné comme candidat à la présidentielle. Ce qui n’était pas gagné si on se rappelle simplement les principaux épisodes de la vie politique à droite depuis 1995. Nous retraçons sa conquête du pouvoir, ses premiers pas en politique, du premier meeting à Boulogne Billancourt jusqu’au congrès d’investiture du 14 Janvier 2007. Dans la seconde partie, nous racontons la campagne du 14 Janvier au 6 Mai 2007 où nous essayons de la relater à travers les coulisses puisque nous étions embarqués dans la caravane des journalistes qui ont suivi Nicolas Sarkozy. Et en même temps, nous essayons de la décrypter, de comprendre pourquoi et comment Nicolas Sarkozy a mené cette campagne de manière assez solitaire, en se basant sur ses propres intuitions, en l’ayant mûri, imaginé et pensé depuis longtemps jusqu’à ce qu’il appuie sur le bouton le 14 Janvier 2007. Et qu’elle se déroule presque comme il l’avait annoncé…. en tous les cas sur ces thèmes – On dit souvent que celui qui impose ses thèmes est celui qui gagne – et dans la stratégie au jour le jour avec cette volonté de vouloir aussi prouver qu’il était en train de changer. Ce qui était au fond le challenge de cette campagne : Nicolas Sarkozy est connu depuis longtemps de l’opinion et l’homme de clan très dur, avec sa garde très rapproché… et il a essayé de modifier cette image pendant la campagne et visiblement les gens l’ont compris comme cela puisqu’ils ont voté pour lui assez largement.
Est ce que sa victoire s’explique par le fait qu’il se soit préparé depuis très longtemps ?
« C’est incontestablement l’un des éléments clefs de sa victoire ! Il avait déjà fait la campagne de 2002. Il l’a dit – et c’est d’ailleurs une confidence que je rapporte – en 2002 : Il avait vécu la campagne de 2002 comme une sorte de « training » de 2007. Déjà en 2002, il avait fait campagne pour Jacques Chirac, mais au fond surtout pour lui. C’est un homme qui adore l’histoire, regarder comment ont fait ceux qui sont passés avant lui, et il a puisé un peu dans ce qu’ont fait VGE, Mitterrand et Chirac, et dans chaque expérience ce qu’il y a de meilleur. Au fond cette campagne est un peu constituée de chacune des victoires précédentes. Il l’a lui même théorisé, en analysant très bien la défaite de Balladur et il en a retiré comme action que – et il l’a dit avant hier – « que le pire des risques est de ne pas prendre de risques ». C’est la leçon qu’il tire de 1995, où il a été quand même en première ligne. Du coup, il s’est beaucoup préparé, ainsi que la machine, le programme, investi le terrain des idées… Il a compris très tôt que pour gagner cette présidentielle, il fallait dominer intellectuellement le débat politique. Et c’est la différence avec Ségolène Royal qui n’était peut être pas une si mauvaise candidate, mais qui n’a eu que six mois pour cela. Les socialistes et leur candidate n’ont pas préparé le terrain idéologique en le balisant. Or c’est la conjugaison des deux qui fait que l’on gagne. Et préparez séparément les choses est difficile et cela s’est révélé une gageure qui n’a pas pu être tenu du côté des socialistes.
Qu’avez vous découvert sur cet homme que l’on méconnaît ?
« Pendant la campagne, peu de choses. La principale surprise est le discours du 14 Janvier 2007. Nicolas Sarkozy qui parle beaucoup de lui, a été capable de le faire de manière presque impudique. Il a aussi beaucoup mis en valeur ses origines étrangères. Il s’est rendu compte à ce moment là que c’était important pour lui, que cela rejoignait un peu la France telle que lui l’a voit évoluer, avec ses racines diverses. Cela représente une évolution de la France au sens historique comme il aime souvent le définir. Or, il en avait très peu parlé jusqu’à présent. Enfin, il a été capable de modifier son entourage. Ce qui a été une surprise. On connaît Nicolas Sarkozy entouré toujours des mêmes depuis 10 ans. Et là, comme Chirac l’a fait en 1995, il a été capable de mettre à l’écart certains de ses proches pour les remplacer par d’autres.
Avez vous eu l’impression d’être manipulé en le côtoyant aussi longtemps ?
Non ! Je ne l’ai pas vécu personnellement. Je ne dis pas que ce n’est pas arrivé à d’autres. Et je n’en sais rien. Il n’y a certainement pas la même relation avec tous les médias. Pour ce qui me concerne, ce n’est pas le cas. Est-ce que cela existe ? Nicolas Sarkozy a toujours eu cette volonté de relier les deux bouts de la chaîne. Il connaît tous les patrons de presse de la place de Paris, ce qui est normal pour un homme politique de ce niveau. Et en même temps, sa spécificité a sans doute, été de nouer des relations au jour le jour avec les reporters qu’il connaît tous par leur prénom, jusqu’à les tutoyer, ce qui peut choquer une partie des gens. Mais il a inventé le journaliste « embedead ». C’est à chaque journaliste d’être bien conscient qu’il évolue dans un univers et qu’il doit rester observateur et commentateur de la vie politique et pas tomber dans les partisans. Il a inventé cette relation qui est assez typique du journalisme américain. Georges Bush comme tous les présidents américains sont toujours accompagnés de journalistes qui tous les jours racontent et rendent compte du moindre détail de leur vie ? Ils sont « embed deasy ». Nicolas Sarkozy l’a théorisé et mis en place comme président de parti. Après, c’est à chaque journaliste d’avoir son propre recul et savoir tourner sa caméra dans l’autre sens.
Quel président sera Nicolas Sarkozy ?
« Il a été meilleur que Jacques Chirac dans la conquête du pouvoir. Est-ce qu’il sera meilleur que lui dans l’exercice du pouvoir. C’est la question ! En tous les cas, lui sait que cette élection à sa première candidature est inespérée, pour reprendre le mot de Charles. Pasqua, parce que cela fait 30 ans qu’aucune majorité ne s’est succédée à elle-même. Donc, en soi, c’est déjà un exploit considérable. J’allais dire qu’une fois posé ses deux poings sur la table, il sait qu’il n’a pas droit à l’erreur. Que le désenchantement peut être très rapide comme la réussite au rendez-vous. Au fond, cela peut être Tony Blair ou Giscard !
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